Shea Whigham, Phil(lip K. Dick)
Shea Whigman avait un défi à relever en jouant le "personnage" de Philip K. Dick. Pour des raisons en rapport avec les souhaits de ses filles, nous ne faisons pas référence au personnage de "Phil" comme étant Philip K. Dick. Même s'il est désigné comme étant Philip K. Dick dans le roman. Je n'ai pas eu de problème avec cette contrainte. Nous ne faisions pas un biopic. Le "Phil" de notre film est toujours l'auteur du Maître du Haut-Château, Les Chaînes de l'avenir et de Coulez mes larmes, dit le policier. Mais ce n'est pas le vrai Philip K. Dick. C'est une réalité alternative, après tout.
Alors que je travaillais sur le scénario, je pensais que le personnage de Philip K. Dick dans Radio Free Albemuth n'était au final qu'une autre invention de l'auteur Philip K. Dick. Alors j'ai accentué cet aspect dans mon scénario et en ai fait une version un peu plus idéalisée. Comme un écrivain pourrait se voir lui-même. Je pense que "Phil" a les mêmes liens avec le vrai Philip K. Dick que le personnage de Philip Marlowe avec son auteur Raymon Chandler, qui a mis beaucoup de lui-même dans son personnage.
J'ai donné à Shea le documentaire de la BBC A Day in The Afterlife of PKD qui transcrit parfaitement la vivacité et l'humour de Dick. Je ne sais pas s'il l'a regardé. Je ne pense pas qu'il l'ai fait. Pas en entier, en tout cas. J'ai dit à Shea de ne pas essayer de parler comme Philip K. Dick. Combien de personnes savent comment était la voix de Philip K. Dick ? Il n'était pas une figure publique comme Tom Wolfe ou Truman Capote, invité dans les talk-shows de son temps. D'après ce que j'ai pu entendre dans des K7 audios et des vidéos, son accent n'était pas particulièrement notable.
John Alan Simon & Shea Whigham (Phil).
Nous avons donné à Shea une barbiche très convaincanque. Et même si Shea ne ressemble pas à l'image traditionnelle de PKD, au sommet de sa popularité, en train de perdre ses cheveux et avec de l'embonpoint, il ressemble à ces photos moins connues de Dick jeune homme. J'ai dit à Shea que c'était une réalité alternative et que le Phil de Radio Free Albemuth n'est pas le Philip K. Dick de notre réalité. Je voulais qu'il se sente libre de trouver la vérité de cette histoire et celle de son personnage par lui-même.
Je pense que cela a libéré grandement Shea. Je crois qu'il a été en mesure de créer un personnage intéressant et mémorable à partir de ses propres ressources et des circonstances qui se présentaient à lui durant les événements de cette histoire. Le public en jugera par lui-même. J'ai montré quelques scènes du film à la fille de Philip K. Dick, Isa Dick-Hackett, qui m'a dit qu'elle aimait vraiment ce qu'il avait vu de la performance de Shea jouant Dick, alors peut-être que la boucle est bouclée et qu'il est parvenu à rendre le véritable Philip K. Dick d'une certaine façon.
J'ai montré quelques scènes du film à la fille de Philip K. Dick, Isa Dick-Hackett, qui m'a dit qu'elle aimait vraiment ce qu'elle avait vu de la performance de Shea jouant Dick.
Alanis Morisette (Sylvia) & Jonathan Scarfe (Nick)
Les rares fois où nous n'étions pas d'accord, nous trouvions toujours une solution qui était meilleure que ce qui nous avait d'abord opposés. Phil a aussi de l'expérience avec le montage sonore et les effets spéciaux, alors il a été très utile pour faire avancer le film sur ces points pendant que nous travaillions. Quelques-uns des effets temporaires et de nombreux effets sonores vont se retrouver ainsi dans le film fini.
Quand nous avons mis bout à bout toutes les scènes du film, j'ai été très surpris de voir qu'il durait plus de 150 minutes. Même en coupant au plus près, nous touchions seulement à une durée de 140 minutes. Alors, avec beaucoup de regrets sur le moment, nous avons été forcés de couper plusieurs scènes et des intrigues secondaires qui tenaient pourtant la route, mais qui pouvaient être supprimées sans toucher à la logique de cette histoire très compliquée. J'aimerais que ces scènes soient incluses en bonus en DVD. Ceux qui aimeront le film les apprécieront.
D'une certaine façon, je préfère la version "longue", mais plus réalistiquement, la durée actuelle du film de 128 minutes me semble la bonne. Je suppose que si vous n'aimez pas le film, même cette version sera trop longue ! Mais je ne pense pas que l'on puisse couper plus. Mon coproducteur, Dale Rosenbloom, pense qu'une scène ou deux devraient être rallongées.
Question : Quelles sont les étapes suivantes avant que l'on puisse voir le film à l'étranger ?
Je dois d'abord le terminer ! Nous travaillons actuellement sur les effets spéciaux. C'est une étape très lente, très nouvelle et étrange pour quelqu'un comme moi qui ne suis pas un technicien. J'ai la chance que notre responsable des effets spéciaux, Elliot Worman, a autant à coeur que moi de faire les choses correctement. Il travaille lui aussi pour une fraction de son salaire habituel. Nous bénéficions aussi de l'aide d'un graphiste très talentueux et imaginatif, Shawn Hunter.
Le son est également très important pour un film. David Fincher est un maître dans son utilisation du son. J'ai suivi un séminaire dans lequel lui et son responsable du son abordaient cette question. Pour mieux comprendre, j'ai écouté Zodiac avec des écouteurs, souvent dans le noir.
J'ai pu parler avec profit avec David, qui a influencé notre décision de tourner Radio Free Albemuth avec une caméra Thompson Vier, une caméra digitale dernier cri qu'il avait utilisée pour Zodiac et son nouveau film avec Brad Pitt The Curious Case Of Benjamin Button.
Sur le plateau : Jonathan Scarfe.
Presque tous les films, même ceux tournés en 35 mm, passent maintenant par un DI (Digital intermediate) au cours duquel les couleurs sont corrigées, avant même d'être dévéloppés en 35 mm. Alors en dernière considération, je pense que tous les films sont dorénavant des films numériques, même ceux en 35mm. Rufus Burnham, qui dirige Camera House, qui a fourni les Viper à Fincher, a été très réceptif avec le projet Radio Free Abemuth. Entre autres choses, il nous a recommandé un formidable responsable du son, Evan Frankfort, qui a son propre studio d'enregistrement et qui fait tous les sons du film, donnant même un coup de main pour la musique du film. Une autre personne comme moi qui a porté plusieurs casquettes pour cette production.
Donc, en bref, il reste encore du travail. J'ai eu la chance que mon financier, Philip KIm, qui est également producteur exécutif, soit patient et veuille que le film soit aussi bon que possible. J'espère qu'il sera fini en même temps que le director's cut, en incluant tous les effets spéciaux préliminaires, dans les prochaines semaines. Alors j'aurai un retour de mes partenaires, Dale Rosenbloom, Philip Kim, Stephen Nemeth et Elizabeth Karr. Je vais aussi montrer le film à d'autres personnes en lesquelles j'ai confiance. Il y aura sûrement, je suis sûr, quelques ajustements à faire après ces commentaires. Je vais aussi tourner quelques scènes en extérieur que nous n'avons pas pu faire durant la production, ce qui est courant. Peut-être aussi un peu plus de scènes d'effets spéciaux, si on en a besoin. Je pense qu'il pas qu'il y aura à tourner de nouveau certaines scènes, mais j'ai prévu le budget pour au cas où.
J'ai travaillé comme critique musical, alors la musique est particulièrement importante. Nous sommes en train de choisir les chansons et la bande originale. J'ai l'impression que ce film est un peu comme Blanche DuBois dans Un Tramway nommé désir qui déclarait "J'ai toujours dépendu de la gentillesse d'étrangers."
Je vais projeter le film cette semaine à quelqu'un qui va soit nous fournir d'autres chansons, en plus de cette qu'Alanis Morissette nous a déjà généreusement fournies, ou travailler sur la bande originale, peut-être avec l'aide d'Evan.
Une fois cela terminé, nous parlerons avec les distributeurs. C'est un marché actuellement très difficile aux États-Unis. Un déferlement de films indépendants. Nous avons perdu Warner Independent et Picture House, deux distributeurs qui auraient été très bons avec Radio Free Abemuth. Paramount a fermé la branche marketing de Vantage, ce qui peut diminuer l'intérêt de la firme pour un petit film comme Radio Free Albemuth.
Mais je suis certain que nous aurons une sortie en salle aux U.S.A. Il y a des années, j'étais "producer's rep" et j'avais ma propre compagnie de distribution cinématographique, donc j'ai une connaissance intime du fonctionnement du système. Ma première expérience avec l'industrie du film — autre que celle de critique — était de gérer la restauration et la distribution de The Wicker Man aux États-Unis. Nous avons la chance pour Radio Free Abemuth d'avoir les conseils d'un expert en la personne de Seth Willenson, qui travaille comme consultant pour mon coproducteur, Dale Rosenbloom. Seth a soutenu le projet Radio Free Abemuth depuis le début.
Question : Pour parler de tout à fait autre chose, avez-vous vu le film de Richard Kelly Southland Tales?
J'ai le DVD et en ai vu des morceaux, mais pas encore le film entier. J'ai lu le scénario, ou du moins une version de celui-ci. Je suis un grand amateur de Richard, qui est également un grand amateur de Dick. Grâce à Richard, j'ai rencontré son responsable de production, Alex Hammond, qui nous a recommandé Priscilla Elliot. Priscilla a travaillé comme directrice artistique sur Radio Free Abemuth. Elle a conçu le logo des FAP (Friends of the American People) et le drapeau américain de notre réalité alternative. Elle a également servi de conseiller pour les effets visuels durant la production et la postproduction.
Friends of the American People
(photo de plateau)
Même sans avoir tout vu, il est évident qu'Alex Hammond, avec l'aide de Priscilla et d'autres, a fait un travail spectaculaire sur Southland Tales. Je pense que Richard Kelly est un des plus prometteurs de nos jeunes réalisateurs, avec Paul Thomas Anderson, Darren Aronofsky ou encore Jason Reitman.
C'est vraiment un moment très excitant pour faire des films.
Partie 1 - Partie 2
John Alan Simon (droite) avec Jonathan Scarfe (gauche)