Radio Free Albemuth

Radio Free Albemuth
Mon histoire avec Radio Free Albemuth a commencé  en 1999. À cette époque lointaine, je collaborais activement à la rédaction d'un fanzine remarquable, Slash.  Je ne me souviens plus aujourd'hui où j'avais trouvé l'information (dans un numéro de For Dickheads Only peut-être, ma mémoire me joue un tour !)  en tout cas on y parlait de l'adaptation prochaine d'un autre roman de Philip K. Dick. J’entrai alors en contact avec le réalisateur qui acceptait de faire l'interview que vous pouvez toujours lire sur ce site. Je vous rappelle qu’à l’époque Minority Report n’avait pas encore été tourné !
Par la suite, j’ai toujours suivi de près l'évolution du projet. En 2008, après bien des aléas, le tournage avait enfin lieu. Cela a donné une deuxième interview. Maintenant, le film est terminé. Sa fabrication a été une aventure assez extraordinaire dont j’ai souvent eu l’occasion de vous tenir informé.
Alors une question se pose : qu’en est-il de la qualité du film ? Il est certain qu’Hollywood nous a habitués à des adaptations qui se contentent de quelques thèmes dickiens pour le meilleur, du seul nom de
Philip K. Dick sur l’affiche pour le pire... Nous pouvions être dubitatifs, voire carrément inquiets ! Alors, autant le dire dès maintenant :

J’ai vu Radio Free Albemuth et ce film peut vous réconcilier avec l’idée qu’il est possible d’adapter intelligemment un texte de Philip K. Dick au cinéma.


L'histoire


Radio Free Albemuth

Le film débute par trois séquences. La première nous présente le personnage de Phil, couché sur une paillasse, en train d'écrire sur un bout de papier. Sa voix off nous apprend qu'il va raconter l'histoire de son ami Nicholas Brady. La seconde lance ce retour en arrière en montrant Nicholas Brady travaillant chez un disquaire à l'ancienne et débattant avec son patron au sujet de la concurrence du CD digital. Enfin la troisième nous ramène vers Phil, tapant à la machine, sur fond de I Wanna Destroy You des Softs Boys (spotify). Un chat sur sa gauche, whisky et cigarettes à droite : pas de doute, c’est un écrivain. Le chat s'échappe. Phil entend un crissement de pneus : l’animal vient d’être écrasé par une camionnette.
Puis commencent les premières manifestations de
SIVA, la lente découverte que l’Amérique du film est en réalité une uchronie totalitaire. Il ne reste maintenant qu’à comprendre les messages de ce satellite extra-terrestre, qui indique peut-être un moyen d’entrer en résistance, de renverser le président Fremont, qui sait, peut-être à l’aide d’une jeune femme, Sylvia...

Welcome to the Party


rfalogo
En caricaturant, on peut dire qu'il a d’abord existé deux sortes d'adaptations des romans de Philip K. Dick. Tout est présent dès les deux premières en fait. Avec Blade Runner, nous avons une approche artistique, pour ne pas dire intellectuelle du propos, où les thématiques dickiennes sont travaillées au plus près ; avec Total Recal un tour à 180° est exécuté pour tendre vers le film d'action très grand public. Dans les deux cas, le travail d’adaptation est assez lâche, ne gardant que peu d’éléments des textes originaux tout en développant par la bande des thématiques dickiennes.
Une troisième voie est apparue par la suite, celle de l'adaptation fidèle, allant de
Confessions d'un barjo à Scanner Darkly.
Radio Free Albemuth appartient à cette dernière catégorie, cherchant à rester non seulement fidèle à l'intrigue, mais également aux thèmes et surtout aux personnages du roman.
En fait, sa profonde originalité est de  proposer une approche
littéraire du projet. Le scénario est à ce titre particulièrement intelligent. Toutes les scènes clés sont présentes, et la mise en scène parvient à éviter l’ennui de trop longues séquences de discussions. Je me suis même demandé une fois ou deux si telle scène était bien dans le livre ou non, c’est dire si le travail d’adaptation est bluffant !
Surtout le film parvient à conserver la part autobiographique du roman et restitue les interrogations métaphysiques d’un
Philip K. Dick suite aux événements de 1974. Le film se permet ainsi de toucher au mysticisme sans faire de concessions. La question est abordée frontalement, comme dans le roman, confiant dans la capacité du spectateur d’assimiler les informations.
Cela n’aurait jamais été possible si le film n’avait été tourné autrement qu’avec un budget microscopique. Produit dans la structure d’un studio, il aurait fallu faire des compromis, simplifier, expliquer plus. Alors pour pallier au manque de moyens, la mise en scène s'appuie manifestement sur le talent des acteurs et leur capacité à porter l’aspect uchronique de la fiction tout en rendant sensible l’évolution de leurs personnages. S’ils arrivent à y croire, il nous est alors possible de les suivre.
Et cela fonctionne.
Le film se concentre ainsi exclusivement sur ses personnages et ne nous montre quasiment rien du reste du monde. Comme dans le roman, le sujet profond est celui de l’humanité et de son regard vers la transcendance, de ce qu’elle est, et de ce qu’elle peut devenir tout en restant à la hauteur d’un couple d’amis embarqués dans une histoire qui les dépasse.
Je parlai d’un petit budget. Il est certain que pour un œil nourri de superproductions américaines, cela se voit. Les effets spéciaux sont pauvres, la photographie, pourtant assez belle, souffre également par moment du manque de moyens, et pour être totalement honnête, quelques acteurs ont un jeu assez monolithique… Mais ce sont des éléments naturels pour une production de cette envergure et franchement, je ne vois pas en quoi on pourrait reprocher cela au film.
Parce qu’au moins, le film existe.
Et que tout cela n’empêche pas
John Alan Simon de nous offrir quelques très beaux plans urbains et de parvenir à produire souvent de belles images de cinéma.

Écrire une chanson


Shea Whigham
Trois acteurs emportent le morceau à mes yeux. En premier lieu, le duo Nicholas Brady (Jonathan Scarfe IMDB) et Phil (Shea Whigham IMDB) fonctionne. On peut croire à leur amitié ainsi qu’à leurs conversations sur la vie, l’univers et le reste. J’ai apprécié que Shea Whigham ne cherche pas à singer Philip K. Dick mais à proposer sa vision du Dick romanesque. Cela évite la caricature tout en restant fidèle au fait que, même dans le roman, nous avions avant tout un personnage qui s’appelait Philip K. Dick et non Dick lui même.
J’ai également aimé le personnage de Vivian Kaplan (Hanna Hall IMDB), qui de scène en scène apparaît comme une incarnation même de cette Amérique totalitaire, tout d’abord faussement amicale, puis dangereusement séductrice et finalement froidement destructrice.
Par contre, Alanis Morissette dans le rôle de Sylvia m’a moins convaincu. Au moins nous avons une chanteuse qui interprète le personnage d’une chanteuse ! Je tiens à rappeler aux fans de Twilight qu’Ashley Greene n’apparaît que dans une seule scène (mais ô combien essentielle !)
D’ailleurs il est important de signaler que la musique est particulièrement réussie. Si vous connaissez le roman, vous comprenez aisément pourquoi et on ne peut que souligner la qualité du travail de Robyn Hitchcock.

By the kids


Est-ce que c’est un film pour vous, ma foi, si vous êtes ici, c’est fort possible ! Est-ce que cela peut fonctionner pour tous les spectateurs ? Je n’en sais rien et la question n’a que peu de sens. Voir le film demande un petit effort. Juste celui d’accepter que l’on nous raconte une histoire sans que le film soit techniquement parfait. Autrement dit, il est certain que si les effets spéciaux du film, qui servent la narration, mais restent limités, vous gênent au-delà de toute raison, alors ce film n'est pas pour vous.
Et vous rateriez certainement l’une des meilleures adaptations cinématographiques de
Philip K. Dick.
Maintenant le film fait une brillante tournée mondiale à travers les festivals. Malheureusement, il n'a toujours pas été projeté en France, malgré mes efforts. Mais ce n’est pas encore perdu et je suis certain que l’année 2012 nous offrira l’occasion de découvrir
Radio Free Albemuth sur grand écran.


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Philip K. Dick






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